Manifeste d’entente nationale pour une transition de rupture en Haïti

Manifeste d’entente nationale pour une transition de rupture en Haïti

IPAM, PLB, MERCIH, CSH

Haïti Manifeste collectif

 

 

 

Haïti, depuis plus de deux (2) ans, est en train de vivre un nouvel épisode de crise politique et de protestations populaires. Les populations, toutes couches sociales confondues, à bout de souffle, expriment leur refus d’un système de gouvernance séculaire qui perpétue l’exclusion, l’aggravation des inégalités sociales, la corruption et l’accaparement des ressources nationales par une mince couche d’acteurs de la société et de politiciens, au détriment de la majorité et de la nation elle-même. Le pays a atteint le stade où l’évolution socio-économique négative, engendrée par la corruption, la gabegie et la mal gouvernance, pousse la crise à son paroxysme et déclenche une prise de conscience quant à l’urgence de trouver une issue.

Le peuple haïtien, depuis l’indépendance, s’est toujours opposé à ce régime. antinational et d’apartheid. Son histoire est marquée par une multitude de crises socio-économiques et de conflits, parfois armés, au cours desquels, les populations déshéritées des campagnes et des villes ont toujours exprimé les mêmes revendications : un régime démocratique et inclusif, la modernisation économique, un État au service de la nation et qui rend compte.

Toutefois, l’expérience historique nous a aussi appris que le système en place a la capacité, avec l’appui de ses alliés de l’extérieur « de mettre en échec les alliances populaires et de développer des mécanismes qui lui permettent de se renouveler à chaque fois qu’il se trouve en face d’une vigoureuse poussée des exigences de changement des secteurs populaires ». Des constructions institutionnelles, selon chaque conjoncture, ont été érigées pour casser l’élan de rupture charrié par la détérioration des contradictions. Et, à chaque moment, des instruments institutionnels sont inventés pour créer de nouvelles réalités. En fait, ces manoeuvres ne sont que des ripostes tactiques visant à saper toute velléité manifestée par la volonté et la colère populaire pour faire échec à ce système générateur de rente et d’inégalité qui régit cette économie productrice de pauvreté depuis plus de 100 ans. Mais, la perpétuation des réalités économiques et sociales et l’antagonisme exacerbé qu’elles entretiennent dans la société font resurgir, de façon récurrente, la pression populaire et les contradictions dépassent les nouvelles réalités conçues de toutes pièces. Les instruments utilisés sont remis en question, les crises réapparaissent avec plus d’acuité et débouchent sur des violences encore plus destructrices. C’est le lot de ces arrangements improvisés que le système qualifie indûment de gouvernements de transition.

Cette persistance de la confusion entre, d’un côté, une transition de rupture qui constitue une véritable remise en question des pratiques d’un ancien monde et, de l’autre, ces gouvernements provisoires de maintien de l’ordre établi, n’est autre qu’une forme de gestion séculaire des privilèges que s’octroient certaines couches de la population, et surtout un mécanisme efficace de survie. Après tout, les rentes de situation ont résisté aux assauts répétés des revendications des couches défavorisées, depuis le 19ème siècle et résistent encore aujourd’hui face aux demandes de reddition de compte dans la gestion désastreuse de milliards de dollars de fonds publics, au détriment de la population la plus pauvre de l’hémisphère, sous le regard complice des pays amis d’Haïti.

Ces gouvernements provisoires ne sont donc qu’un outil, au service de l’oligarchie marchande et de ses alliés de l’extérieur, qui est utilisé périodiquement pour réguler les contradictions, lorsqu’elles atteignent un niveau de maturation pouvant provoquer la rupture de l’équilibre du système et pour leur assurer une relative paix sociale, maintenir et renforcer leurs privilèges.

De fait, depuis 1986, la fréquence des conflits déclarés augmente et la période de retour a tendance à devenir décennale. Ce qui peut s’expliquer par l’aggravation à l’extrême des contradictions au sein du système, qui s’affaiblit et qui, depuis ces dix (10) dernières années, a basculé dans la délinquance.

Cette nouvelle réalité fait exigence d’un passage vers une autre forme de gouvernance, l’implication active d’une masse critique d’acteurs dans la création de richesses, et la redéfinition des relations entre l’Etat et le reste de la société. Ceci oblige un changement de nature du système, par la mise en oeuvre d’un processus de transformations systémiques à caractère multidimensionnel affectant, à la fois, les sphères économique, sociale et politique pour l’émergence de nouvelles institutions que les populations s’approprieront. Notre pays doit se réinventer en profondeur.

 

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